Ce que l'on en dit

 


Vous pouvez toujours aller jeter un œil du côté d'Amazon pour voir quelques commentaires rapide, hop !

Je me permets de reproduire ici quelques commentaires vus ailleurs (les liens vers Scryf vont bientôt fonctionner à nouveau) :
- "Celle-qui-apaise-avec-des-mots" (Christelle Mulligan, auteure, sur Scryf)
- "Une des ces rares lectures qu'on n'oublie jamais" (Gabrielle Ostoya, auteure, sur Scryf)
- Marc Sefaris (auteur, évaluateur super star de Scryf)
- "Une histoire d'avant l'Histoire" (Eric Téhard, auteur, sur son blog)

On en trouve d'autres (tout aussi enthousiastes, oui, oui, sur Scryf)

Celle-qui-apaise-avec-des-mots (Chantal Malignon)

Dans cette civilisation que l’auteur (ré)invente, les enfants ne sont pas « nommés » à leur naissance. C’est en grandissant qu’ils deviennent, c’est en grandissant qu’ils apprennent qui ils sont… leur nom leur est révélé dès lors qu’ils ont appris pourquoi ils sont là, sur terre, à quoi ils tendent, pour quoi ils sont nés.

A travers ce roman où je suis encore longtemps après l’avoir refermé, l’auteur nous dévoile sa véritable identité. Je vous le dis, l’auteur ne se nomme ni Nat ni Renard, mais Celle-qui-apaise-avec-des-mots.

La lecture de cet ouvrage a eu sur moi l'effet d’un anxiolytique. Quelques lignes parcourues suffisaient à soulager les tensions de la journée. Moi qui ai l’habitude de « bouffer » du livre, d’une manière un peu compulsive, je me retrouvais chaque soir face à une écriture qui m’imposait son rythme. N’allez pas croire que le style de ce roman en ralentisse la lecture, non – le style est simple, fluide, lumineux – c’est la vibration qui le traverse comme une première leçon de vie oubliée, son souffle tranquille, enveloppant, qui vous donnent le tempo. Vous réapprenez à prendre le temps. Le temps qu’il faut pour chaque chose. Et à aimer le temps que vous prenez.

J’ai eu l’impression d’entendre une histoire vraie, un conte d’humanité raconté d’une voix limpide par une très vieille femme, ou une très jeune fille. J’ai eu l’impression d’appartenir à cette histoire, d’être l’un des multiples on  que revisite le shaman Naktokwi dans ses rêves.

Dans le monde que nous offre celle-qui-apaise-avec-des-mots, les êtres humains sont purs, ce qui les anime est simple et beau, l’amour n’a pas besoin de crier son nom pour exister et les douleurs sont dignes.

Il n’y a dans ce roman aucune fausse note, aucune lourdeur ou coquetterie de style ; de la première à la dernière page, il est pénétré de lumière et de sagesse.

500 pages. 500 minutes de bonheur.

Un livre essentiel.

Merci.


Une de ces rares lectures qu'on n'oublie jamais (Gabrielle Ostoya)

Je viens de lire un magnifique roman, un livre merveilleux. Un de ces livres qui vous capturent tout entier et vous emportent dans leur monde. L'histoire est passionnante, ample, portée par un souffle long, puissant dans la douceur. Un souffle qui ne cesse d'augmenter, comme le vent dans un espace immense. Les personnages augmentent eux aussi, s'approfondissent progressivement, par touches infimes. Se dévoilent aussi naturellement au lecteur que lors d'une vraie rencontre. Et ce sont eux, personnages-clés ou secondaires, qui provoquent notre immersion dans le clan du Premier pays. Après quelques chapitres, « on y est », on y est vraiment, dans ce village préhistorique, sous une tente, dans l'odeur de la graisse de baleine, sur la plage, dans la maison d'hiver. Et on n'a pas envie d'en partir ! On aimerait rester avec Petite-Soeur, avec Natra et Kinrimja. Tous si différents des personnages blasés, cyniques, en voie de déshumanisation, des romans contemporains ! On sent qu'on y serait plus au chaud, exposé aux quatre vents, que dans nos maisons tout-confort. Car l'auteur de ce livre, la créatrice de ce monde, a insufflé au texte de la douceur, de l'amour et, je crois, de la bonté.

Un autre décalage avec les oeuvres actuelles, c'est la multiplicité des personnages. On est loin, ici, du huis-clos, de l'intimisme que certains pays reprochent aux écrivains français. A l'autre bout du rêve est aussi peuplé qu'un roman de Dostoïevski ! Les hommes, les femmes, les enfants- et leurs ancêtres !- s'y rencontrent et s'y croisent , sans cesse, et cela nous paraît simple. Comme chez Dostoïevski, encore une fois, le crime et le châtiment sont présents. Si l'on s'arrête à une lecture superficielle, l'esprit voilé par notre culture judéo-chrétienne. Mais l'auteur nous propose un regard différent, au-delà du bien et du mal; Nat Renard ne tombe jamais dans le moralisme, malgré la lucidité de son regard sur l'humanité. Un exploit lorsqu'on traite un tel sujet !

Faire entrer le lecteur dans l'esprit du jeune shaman relevait également du défi. Il est impressionnant de voir comment l'auteur a réussi à décrire les différents états de conscience de Naktokwi; les rêves qui transportent le héros dans d'autres temps et d'autres lieux sont superbes. Celui avec la petite sur les épaules au milieu du désastre est particulièrement admirable. J'ai aimé le subtil fondu-enchaîné (page 341) entre John et l'eyansu.

Je me rends compte que je ne parle pas de la forme. Peut-être parce qu'elle est très étroitement liée au fond. Mais l'écriture est belle, rythmée, déliée.

On aura compris que ce livre m'a profondément touchée et enthousiasmée. Une de ces rares lectures qu'on n'oublie jamais.


Marc Sefaris (évaluateur number one sur Scryf)

  A l’autre bout du rêve présente une ambition énorme : de l’origine mythique de l’humanité (avec théogonie et cosmogonie) à sa possible fin imminente (vers 2050), en se concentrant sur une communauté au seuil ou en marge du néolithique, avec pour épicentre le parcours de Naktokwi, un chaman particulièrement doué - ou maudit -, capable d’entrer littéralement dans la peau d’individus vivant des millénaires après lui, à travers des songes. Comprenant peu à peu ce qui attend l’humanité au bout de sa longue course technologique, Naktowki devra se faire messager, à 7000 ans de distance, pour mettre en garde les hommes d’après- demain.

     Ce résumé réducteur pourrait laisser craindre un roman résolument rousseauiste avec morale écolo massivement administrée. De fait, la grande menace du giga réacteur me paraît datée (ça rappelle surtout les peurs des années 70) et pas forcément bien située (muni de tous mes préjugés, je craindrais plutôt du côté de la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Russie… avant de me dire que le monde entier va péter du côté de l’Amérique du Nord). Mais c’est sans importance. C’est sans importance parce que pris dans le flux de toutes ces vies (on suit des dizaines de personnages sans jamais se perdre) j’ai cru à tout ce qui était dit. De même, quand on fait le décompte, on s’aperçoit que l’Atlantique est traversé au moins à trois reprises en trois générations, dans les deux sens, en – 5000 (pauvre Colomb, qui arrivera vraiment à la bourre) - mais pas de problème: on y croit. On y croit d’abord parce qu’on sent que l’auteure maîtrise son affaire – l’immersion dans la culture scandinave d’Ertebolle, détails de la vie quotidienne aussi bien que mentalités, s’impose avec la force et la douceur de l’évidence. Ensuite grâce à l’extrême attention portée à chaque personnage, ses sensations, ses intuitions, ses souvenirs, son rapport aux autres et au monde. C’est un roman qui sait rester à hauteur d’humain, attentif à chaque doute, chaque joie, chaque peur, jouant sur les variations de noms comme autant de facettes (ainsi la vieille grincheuse Kinrimja, « Celle-dont-la-mâchoire-crie », fut d’abord « Celle-qui-se-réjouit » - et c’est cette identité profonde qu’elle manifestera de nouveau à la fin). On y croit encore parce qu’on a envie de croire à ces relations humaines  harmonieuses, apaisées et apaisantes, on y croit avec toute la force de la nostalgie, en rêvant à cette époque de transition (excellent choix) où sédentarité et agriculture, déjà largement répandues, ne se sont pas encore imposées partout sans rémission – une époque qui a déjà elle-même la nostalgie d’époques antérieures (au passage, message à Nat : on reconnaît à deux reprises, sur quelques lignes, le thème et même quelques formules de ta nouvelle « La Main des autres », et je dois dire que j’ai trouvé ces brefs passages infiniment plus convaincants et émouvants que la nouvelle entière – magie de la parole romanesque !) et où pourtant rien ne semble encore fixé, où les bifurcations radicales semblent encore possibles, à l’image des hésitations du lieu de vie du couple formé par Kevlas et Greden. Et lorsqu’on tombe sur un entretien tout chaud avec Jean Guilaine sur les conséquences sociales de la révolution néolithique (« Pour la science », juillet-septembre 2012) – donnant quasiment raison à Rousseau sur le plan historique, et pas seulement philosophique – on croit encore plus à cette communauté presque idéale, encore préservée, où nul n’est méchant volontairement.

     Alors Marco, pas la moindre réticence, vraiment ? - Si si (aaaahhh). Certains termes ont ponctuellement rompu le charme de ma lecture. « Conscience », « logique », « frustration », « matrice », « médiateurs »… Bien sûr Nat expliquera que tous ces concepts existaient déjà à l’époque de nos ancêtres complètement homo sapiens sapiens, largement pourvus de pensée symbolique et confrontés à des questions existentielles comparables aux nôtres, et je serai parfaitement d’accord. Mais quand je parle de ces mots, c’est non de leur dénotation, mais de leur connotation. « Frustration », par exemple, dit bien plus que « déception », mais il charrie avec lui les wagons de la psychanalyse. Ou encore les chiens qui sont « de bons médiateurs » pour aller d’un monde à l’autre – trop marqué par le vocabulaire administratif et diplomatique, le « médiateur » surgit dans mon imagination avec sa cravate et ses paroles consensuelles, faisant écran à la course des chiens, guides mystiques vers l’au-delà… Plus généralement, certains passages m’ont paru trop bavards, surtout vers la fin – c’est à mon humble avis le péché mignon de Nat : ses personnages dialoguent énormément, ils se racontent avec minutie – c’est évidemment très bien pour mieux les connaître, mais par moments, j’aimerais des silences éloquents, des non-dits plus rugueux, une parole plus rare – d’un autre côté, on était prévenu par une des chroniques solennelles en italiques : après la rupture du pacte originel entre Homme et Nature, « les cœurs devinrent bavards ». Autre petite anicroche : dans sa volonté de comprendre les êtres, de fouiller en eux ce qu’il peut y avoir de meilleur, l’auteure parfois résout trop vite, trop simplement à mon goût, les tensions. La scène caractéristique, la plus faible selon moi, est la réconciliation-éclair entre Eprus et Tamjan : des chasseurs affamés et angoissés deviennent brutalement amis avec deux étrangers considérés comme responsables des mauvaises chasses, étrangers qui en plus se sont enfuis de leur prison et volent le repas ; ça fait beaucoup, ça fait trop pour réduire cet antagonisme à un simple malentendu qui peut se résoudre en deux répliques spirituelles. A noter que ces quelques fausses notes ne sont pas représentatives de l’ensemble du roman, où l’humanisme se déploie sans niaiserie, et souvent avec puissance.

     Car ce qui revient immédiatement dans ma mémoire en évoquant A l’autre bout du rêve, ce sont des scènes fortes, des figures vigoureusement incarnées (à part Ruth et John, qui pour moi restent des personnages de papier – peut-être que je suis trop bien avec les gens du « Premier pays » pour accepter les gens du bout du rêve?) qu’elles soient sur le devant de la scène ou plus fugitives. Dans le désordre, ce qui m’a ébahi : le drame de Drasus ; l’épopée morcelée d’Aslas, sa rencontre avec Idhra belle et amochée – couple à la fois mythique et curieusement familier ; Naktokwi qui se coule dans ses « rêves » et nous entraine insensiblement ailleurs – notamment l’angoisse de l’inondation, mini-chef d’oeuvre; la confrontation à plusieurs détentes avec Kennaba, magnifique personnage romanesque ; la vision de l’histoire de la Vie dans son intégralité, morceau de bravoure ô combien casse-gueule et admirablement réussi ; le destin de Kaïkos – et quand les fils narratifs se rejoignent, à l’évocation de l’enfant borgne, quelle jubilation pour le lecteur! ; l’apparition de Eik et ses considérations sur la géographie maritime – je recommande d’ailleurs de ne pas regarder tout de suite les cartes en fin de roman, pour essayer d’imaginer quelles sont ces « terres du milieu », ce « pays des lacs » etc. -  considérations passionnantes, où passe un authentique souffle d’aventure, au point que les préparatifs du grand voyage m’ont plus captivé que le grand voyage lui-même. Le tout emporté par une trame à la fois simple et ingénieuse, dévoilant avec naturel et très progressivement les sombres mystères qui entourent les héros, à commencer par Naktokwi, dont la puissance (par moments extrême, quand il détecte presque au radar les compagnons disparus…) est heureusement équilibrée par une énigme que l’on devine dramatique – « cela restait dans l’ombre comme un chasseur à l’affût ». A ce titre, relire les 30 premières pages juste après avoir fini le roman apporte un plaisir supplémentaire : à l’atmosphère toujours mystérieuse de l’île-aux-morts s’ajoute alors l’évidence d’un agencement romanesque sans faille. L’ensemble s’appuie sur une linéarité apparente, soutenue en fait par des retours en arrière et des effets d’échos subtils. Et chaque fois qu’on risque de tomber dans du démonstratif – parfois la leçon guette (« Car plus ton peuple est nombreux, plus il s’étend, et plus il bouleverse le monde ») – c’est compensé par une  optique radicalement différente (par exemple, dans le « rêve » de la grande crise, quand l’homme anéanti par la sécheresse s’en prend aux écologistes, on sait qu’il se trompe de cible, mais à ce moment-là, par la grâce de l’empathie, on est avec lui. Cette belle manière d’être avec les personnages, quels qu’ils soient, n’est pas si courante). Quant à l’écriture, que l’on pourrait croire simple, en réalité très variée, aussi à l’aise dans l’épique que dans la poésie du quotidien, elle arrive à faire passer même ce qui d’ordinaire me gonfle prodigieusement dans une fiction : le mysticisme chamanique. Alors j’ai envie de dire, comme Petite-Sœur quand elle est follement euphorique : « cela est une bonne sensation ».


Une histoire d'avant l'Histoire : A l'autre bout du rêve, de Nat Renard (Eric Téhard)

Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses semblables : Gardez-vous d’écouter cet imposteur ; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne.
Le bon vieux Jean-Jacques trouverait à merveille sa place en exergue du roman de Nat Renard, A l'autre bout du rêve. Un roman qu'on trouve sur le net, gratuitement, sur le site de l'auteure (preuve s'il en fallait qu'il s'y fait de la littérature de grande qualité), et qu'on ne trouve que là. Un roman où les « premiers qui » sont nombreux, le premier qui décida d'arrêter le voyage, le premier qu'on décida de mettre en terre, le premier qui décida qu'on aiderait un peu la baleine à se donner, et inventa par la même occasion la casuistique, le premier qui s'avisa d'aider la nature en ouvrant la terre... Une expression résume l'esprit de ces petits premiers pas de géants, et contient en germe la dynamique et le tragique de l'espèce humaine: le premier qui décida de marquer sa présence sur cette terre.
Pourtant il n'y a pas de jugement. Les hommes dont l'histoire nous est contée sont simples et profonds, ils doutent et se posent les mêmes questions essentielles que nous, ils sont conscients d'avoir déjà (et pourtant si peu par rapport à nous) trahi le pacte qui les unissait au monde, mais ils restent tolérants, partagent tout, ouvrent leur bras, savent si bien se réjouir. Parmi eux se trouve un homme qui rêve, un homme qui voit à travers les époques combien la trahison va se poursuivre, qui partage les souffrances de ses descendants, qui est intime de l'un des nôtres, à qui il doit adresser un message. Un homme qui entraîne les autres dans le rêve et l'aventure.
On le voit, le fantastique et la science-fiction s'invitent dans l'évocation documentée de la proche préhistoire, et l'on se sent d'autant plus concerné, invité à recevoir le message et à se demander ce qu'on va en faire.
Tout ceci laisse à penser qu'A l'autre bout du rêve est comme une suite de Pourquoi j'ai mangé mon père, un frère de La guerre du feu et de Ravage. Oui et non. Ce roman a son style propre. Nat Renard conjugue parfaitement l'évocation d'une petite communauté (dont l'on se sent très proche), et le destin de l'espèce (dont on se sent comme malgré soi l'acteur-produit), le sentiment du tragique, la joie de l'instant et l'espoir ; elle offre une réflexion sur le mythe, sa naissance et son rôle, de même pour la création artistique,et invite Neil Gaiman à ajouter un chapitre à son American gods, une nouvelle pièce au puzzle des origines du peuplement américain.
Pour ce qui est des sources archéologiques, de la localisation de l'histoire dans le temps et l'espace, l'auteure s'en explique mieux que je ne pourrais faire sur son site, auquel une nouvelle fois je vous renvoie.



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